26 ans et toutes mes dents : exutoire thérapeutique

Ma vie ne se résume pas à mon cancer mais c'est de ça que j'ai besoin de parler

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"Bon courage"

Je n'aime pas cette expression. Ou plutôt, je n'aime pas me l'entendre dire au sujet de mon cancer. Pourtant, cela m'est arrivé des dizaines de fois. Et ça partait à chaque fois d'un bon sentiment.

Il faut avoir du courage pour se lancer d'un pont pour un saut à l'élastique. Il faut avoir du courage pour déclarer sa flamme à une demoiselle. Il faut avoir du courage pour faire un show devant une grande assemblée. Mais ce n'est pas avoir du courage que de se battre contre la maladie.

Avoir du courage, c'est prendre un risque, c'est dépasser sa peur pour quitter une situation confortable pour une situation potentiellement meilleure. Avoir du courage, c'est faire un choix. Contre la maladie, on n'a pas le choix. Elle arrive sans prévenir, elle balaie beaucoup de chose sur son passage, il faut faire avec. Contre la maladie, on peut se battre si on en a la force ou se laisser submerger. Mais ce n'est pas du courage. La meilleure preuve ? Diriez-vous de quelqu'un qui se laisse submerger par sa maladie qu'il manque de courage ? Je ne pense pas. CQFD.

Vous me demanderez alors ce qu'on peut dire à la place. Ce que vous voulez. Mais "Bonne bourre", "Amuse toi bien" ou "Pête la gueule au crabe de ma part", ça me va très bien :-) .

Note : Je préfère repréciser que je n'en veux absolument pas du tout aux personnes qui ont utilisé cette expression. Je sais que ça partait d'un bon sentiment et je sais que ce n'est pas simple de trouver les mots pour apporter son soutien. Tiens ça me rappelle quelquechose ça :-) .


Introspection

Pourquoi n'ai-je jamais été révolté contre ma maladie ?
Pourquoi ne me suis-je jamais effondré ?
Pourquoi n'en ai-je pas marre des soins quotidiens ?
Pourquoi n'ai-je pas pété un plomb pendant cette longue période sans travailler, en convalescence chez mes parents alors que ça faisait 8 ans que je n'habitais plus chez eux ?

Pourquoi mon cancer ne me semble-t-il plus quelque chose de grave alors que, quand on parle du cancer dans les médias, c'est la fin du monde ?

Ne vais-je pas avoir un contre-coup quand on s'y attendra le moins ?
Ce cancer m'a-t-il fait évoluer autant que je le pense ?
Ma vie après la maladie sera-t-elle si différente de celle d'avant ?

Neigera-t-il à Noël ?


Note : Je préfère préciser que ces questions ne me tracassent pas. Je me les pose, tout simplement. A part la dernière peut-être...


Libre

Aujourd'hui, j'ai conduit ma voiture.
La dernière fois, c'était le 20 février 2006. Il y a 6 mois et demi. Une éternité.
Mon kiné m'en avait donné l'autorisation hier. Alors j'ai essayé, d'abord avec mon père qui faisait office de copilote au cas où. Trois débrayages plus tard, je ne pensais même plus à ma jambe : aucune douleur, aucune appréhension.

Alors, j'ai repris la route seul. Et j'ai roulé. Sans forcer sur le champignon mais fenêtre ouverte et musique à fond (c'est pas pour faire le kéké, c'est juste que sinon, on entend rien fenêtre ouverte). Liberté ! Appelez-moi M comme Max.

Ah oui, j'oubliais ! Ça fait aussi 4 jours que je marche sans béquille... Librement.

Spéciale dédicace à tous ceux (et surtout toutes celles) qui m'ont transporté par monts et par vaux pendant ces 6 derniers mois. Merci. Vraiment.


Transition

Le 20 février dernier, je débutais mon traitement contre mon cancer.
6 cures de chimio, une opération chirurgicale et 31 séances de radiothérapie plus tard, j'ai terminé mon traitement aujourd'hui, 20 septembre.
7 mois de traitement, c'est long. 7 mois d'une vie, c'est court.

Tout n'est pas terminé pour autant. Je continue les séances de rééducation avec le kiné et les premiers examens de contrôle vont bientôt arriver (fin octobre). Et puis il y a le retour à la "vie normale"...

Suivre un traitement, c'est facile. Je vous entends déjà vous exclamer : "Oh là, non, non, non ! C'est pas vrai, c'est pas facile pour tout le monde !". Je persiste : "suivre" un traitement, c'est facile. Le supporter, c'est autre chose. C'est facile parce qu'il n'y a pas de choix à faire. Des médecins décident du traitement, le patient approuve, des infirmières appliquent. Et zou !

Avoir le statut de malade a été facile pour moi. J'étais dans un cocon. Ma mère était là pour répondre à toutes mes requêtes quasiment 24h/24. Mon père et mes soeurs : pareil, dès qu'ils étaient présents. Mes amis sont venus me voir, m'ont transporté, m'ont téléphoné, m'ont envoyé des mails, sont passés me voir à l'hopital et chez mes parents. A chaque fois, ma maladie et moi étions les centres d'intérêt. J'ai été choyé.

C'était facile.

Et maintenant ?
Maintenant, je vais retrouver mon appartement, la vie en colocation et mon travail. Je vais bientôt reprendre le sport (natation) et tous les autres loisirs. Joie !

Et puis il va falloir faire des choix.
Prendre son temps ou foncer ?
Choisir ce que je veux faire de ma (nouvelle) vie.
Choisir ce que je veux faire de moi.
Découvrir, avancer, construire.

Ça, c'est moins facile. Mais je vais le faire.


Encore un nouveau mot...

Il y a deux semaines, j'ai commencé à ressentir une sensibilité désagréable au niveau du sein gauche. En palpant, j'ai senti une boule au niveau du téton. Forcément, ça a fait tilt. C'est comme ça aussi que ça avait commencé pour mon mollet. J'ai d'abord décidé de ne pas me prendre la tête : "on verra bien dans quelques jours, ça aura sûrement disparu".

Lundi dernier, la boule était toujours là. Pas plus grosse que les jours précédents mais plus précise. Alors oui, j'ai douté. Oui, j'ai pleuré. Et si ça recommençait alors que je croyais que tout était terminé ? Mélange d'incrédulité, de révolte et de détresse...

J'ai donc appelé mon médecin traitant qui comprenant l'urgence me trouva un rendez-vous pour le lendemain malgré son emploi du temps surchargé. Une fois chez le médecin, j'ai décrit les symptomes il a palpé et son verdict fut rassurant : développement hormonal.

Ben oui, mes hormones n'ont rien foutu pendant plus de 4 mois alors maintenant elles se lachent ! Mon torse n'a plus rien à envier à celui de Demis Roussos, je mets sa branlée à Schwarzy au bras de fer et ma glande mammaire se développe (oui seulement une, la gauche). Bon d'accord, le développement de la glande mammaire, c'est plutôt chez les filles, mais ça arrive aussi (rarement) chez les mecs. Et puis en terme de rareté, je suis un spécialiste, non ?

Aujourd'hui, j'ai fait une échographie pour être complètement sûr et l'interprétation de mon médecin a été confirmée. Ouf.

Ceci m'amène à l'analyse suivante : une des raisons pour laquelle je vis bien mon cancer (j'écris au présent parce que les conséquences sont toujours d'actualité), c'est que je l'ai accepté. Je ne suis pas révolté. Ni contre lui, ni contre moi. Mais dès que quelque chose arrive en plus (suspicion de phlébite il y a quelques mois, boule au niveau du téton cette fois-ci), la révolte gronde, le vase déborde, la sérénité vascille.

Pourtant, je sais qu'il peut m'arriver autre chose. En lien avec mon cancer du mollet ou non. Sans doute que si ça arrivait, j'achèterais un vase plus grand où on pourrait mettre plus de gouttes. Ainsi, ça ne déborderait pas. Mais pour l'instant, je ne l'ai pas, ce grand vase. Alors de temps en temps, ça déborde un peu. Mais jamais longtemps. Je fais alors en sorte de vider un peu le vase, et tout rentre dans l'ordre : la sérénité repointe rapidement le bout de son nez.

Ah oui, j'oubliais ! Le nouveau mot ! "Gynécomastie unilatérale gauche discrète". C'est ce que j'ai au téton gauche. Par contre, si vous aviez la mauvaise idée d'aller voir notre ami Google, sachez que dans mon cas, rien ne se voit de l'extérieur. Manquerait plus que je devienne une gonzesse !


Yes !

65 kg 65 kg, c'est le poids que je faisais avant ma première opération (biopsie) en janvier dernier. Avec les différentes hospitalisations et autres opérations, je suis descendu jusqu'à 58 kg.

Aujourd'hui, j'ai retrouvé mon poids initial. Bon par contre, les kilos que j'ai perdus, c'était majoritairement du muscle et ceux que j'ai gagnés, majoritairement de la graisse.

Prochain objectif : 70 kg ! Et pas avec des kilos de graisse, hein ! Allez, c'est parti : une, deux, une, deux !


Libéré

Le 5 octobre 2006,

Monsieur M,

Par la présente, j'accuse réception de votre courrier reçu ce jour exprimant votre décision de mettre fin au contrat de travail nous liant depuis le 1er août 2005.

Je vous confirme notre accord pour que vous ne réalisiez pas votre préavis.

Par conséquent, vous ne ferez plus partie des effectifs de notre société à compter du 6 octobre 2006 au soir.

Cordialement,

Votre (ex)patron.

Ma décision était prise depuis plusieurs semaines, les circonstances ont fait que j'ai officialisé ma démission seulement mercredi dernier. Pour moi, cette démission a une grande signification. C'est un moyen de clore le passé. Je me sens soulagé. Ma nouvelle vie n'a pas commencé le jour où j'ai recommencé à conduire ou le dernier jour de mes traitements. Non, ma nouvelle vie commence aujourd'hui.

Edit : Suite à une discussion hier avec ma tante, je me suis rendu-compte que je ne m'étais même pas posé la question de savoir si j'avais toujours une couverture sociale en démissionnant. C'est drôle hein ! J'aime bien me faire des petites frayeurs comme ça de temps en temps ! Ça pimente le quotidien :-) . Renseignements pris, je suis couvert jusqu'au 31 décembre... 2010. Et je n'ai même pas besoin de déclarer mon changement de situation. La sécu, c'est bieeeeeeen.


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