Je sens que ça approche.
Jusqu'à hier, je ne pensais pas à cette opération. Mais aujourd'hui si. Parce qu'aujourd'hui, j'avais rendez-vous pour la première fois avec ma radiothérapeute. Et parce que je rentre à l'hôpital demain.
En fait, je vois cette opération comme un tournant. Une fois qu'elle sera passée, je n'aurai plus cette tumeur en moi. Je n'aurai plus cette boule qui me fait parfois mal, qui me fait boiter.
Est-ce à partir de là que je dirai "j'ai eu un cancer" au lieu de "j'ai un cancer" ? Je ne sais pas. On verra bien.
Oui, j'appréhende.
Oui, ça fait du bien de l'écrire.
Oui, ça va le faire.
Et hop, pour changer, une autre musique pour se donner du courage :
Ça fait exactement 9496 jours que je suis né. Ou 26 ans si vous préférez. A chaque anniversaire, j'aime bien faire le bilan de l'année qui vient de s'écouler. Sans doute parce que, jusqu'à l'année dernière, ça correspondait aussi à une année d'études qui se terminait.
C'est aussi l'occasion de parler de choses qui n'ont rien à voir avec mon cancer. Profitez-en parce c'est pas tous les jours
Cette année, ce fut donc, par ordre chronologique de début :
Une colocation géniale (le qualificatif vaut aussi pour le colocataire). Des heures et des heures de fou rires, de délire, de Playstation acharnées où chacun remettait son honneur en jeu à chaque fois, mais aussi de discussions profondes. Colocation un peu entre parenthèses pour le moment mais qui ne demande qu'à reprendre son cours normal dans quelques mois...
La fin de 7 années d'études terminées par un joli diplôme. 7 années de théorie souvent inutile, de séchage de cours, de parties de cartes interminables, de révisions acharnées (hum hum) et d'exams plus ou moins stressants. Et le RU ! Ah le RU ! C'était bien mais content de passer à autre chose.
Le début de la vie professionnelle et les nouveautés qui vont avec : tenue vestimentaire plus classe (hé ho, j'ai pas dit costard-cravate non plus hein !), travail en équipe, comptes à rendre, relations avec les collègues, et... le salaire évidemment !
Une rencontre. Comme dans les films romantiques avec Julia Roberts ou Meg Ryan. Une rencontre comme on en fait une fois en 25 ans. Une rencontre qui bouleverse, enchante, perturbe, ravit. Des discussions qui se terminent au lever du soleil. Des sentiments différents. Générique de fin.
Un rapprochement avec ma plus jeune soeur, avant même de me savoir malade (l'autre, j'en étais déjà plus proche). Je n'étais pas fâché avec elle, on était même content de se voir le week-end mais chacun avait un peu l'impression que l'autre ne se souciait pas trop de sa vie (la vie de l'autre. Enfin, je me comprends). Là encore il y a eu beaucoup de discussions. Et l'impression de se retrouver. Un vrai bonheur.
L'annonce de ma maladie le 20 janvier 2006 (tiens, 5 mois demain !). La suite, vous la connaissez déjà...
Ce fut en tout cas une année pleine, à tous les niveaux. Une année pleine de changements. Une année dont je me souviendrai. En bien.
Ça y est, je me décide à réécrire, deux jours après ma sortie.
Ma cure s'est bien passée, je n'ai pas vomi et j'ai mieux dormi que la dernière fois. J'ai très peu mangé mais c'est devenu habituel (ne vous inquiétez pas, entre les cures, je reprends le poids perdu). J'ai pu regardé un peu le foot. Mon voisin n'était pas chiant. Bilan positif.
Depuis, ça va bien. J'ai repris du poil de la bête encore plus vite que d'habitude. Et cette fois-ci, pas de malaise à l'horizon.
Par contre, je douille au niveau de mon mollet. D'habitude, après chaque cûre, j'ai un peu mal. Mais je prends un anti-douleur une ou deux fois par jour pendant un ou deux jours et ça passe. Là, j'enleverais le "un peu". Dès que je recommence à marcher, je douille, y a pas d'autres mots . Alors je limite mes déplacements et je marche sur des oeufs. Mais ça va, cette douleur ne m'atteint pas moralement. Peut-être aussi parce que je sais que ça va passer.
Aujourd'hui, j'ai vu le chirurgien orthopédiste qui va m'opérer. Ce sera le 30 juin et je serai hospitalisé 5 ou 6 jours.
Comme la tumeur a très peu diminué, il devra sectionner les nerfs qui permettent de plier les doigts de pied. Cela ne veut pas dire que c'est un échec. Une chimiothérapie ne garantit pas de faire diminuer une tumeur. C'est plutôt une tentative. La chimio a permis de stopper le grossissement de la tumeur et c'est déjà ça.
Pour répondre à certains, oui, ça sert à quelque chose de pouvoir plier ses doigts de pied et notamment quand on pousse sur le sol pour marcher. Il est donc possible que je boite légèrement. Par contre, ça ne devrait pas m'empêcher de faire du sport.
En enlevant la tumeur, le chirurgien enlèvera aussi forcément une partie de mon muscle. Et enlever une boule de 8 cm de diamètre, forcément, ça se voit. Moi qui étais fier de mes jolis mollets musclés...
Pour exprimer clairement les choses, je dirais que ça me fait chier. Ça me fait chier de savoir que j'aurai un handicap fonctionnel et un autre visuel. J'ai une belle image de moi, alors oui, j'appréhende un peu l'idée de me savoir handicapé. Mais c'est un moindre mal. S'il faut ça pour réduire très fortement les risques de récidive, je prends. Et puis, je sais que je m'en accommoderai. Je n'aurai plus de cancer et je pourrai continuer à faire certains sports. C'est le plus important.
Ah sinon, je commence ma 6e et dernière cure demain (jeudi) et je sortirai donc samedi. Je n'ai plus qu'à espérer que mon voisin de chambre aime le foot pour ne pas rater le début du Mondial .
Allez, un petit coup de l'original de "Fort Boyard". Rien de tel pour redonner la gnack !