Aujourd'hui, nous allons apprendre un nouveau mot. Ce mot, nous ne le connaissons pas. Ni vous, ni nous[1].
Découvrons ensemble ce nouveau mot : "ra-di-o-thé-ra-pie".
Pour vous expliquer ce mot, mettons-nous en situation.
Voici l'instrument de torture. Enfin, là c'est la version récente. Dans mon hôpital[2], ils ont la version précédente qui date des années 60 (motorisée avec une dynamo de vélo). Je sais que ça date des années 60 parce que la machine s'appelle "Saturne 43". Et "Saturne 43", ça fait vaisseau spatial des années 60.
Ensuite, vous vous allongez sur la planche... Oui, parce que sur la photo on pourrait penser que c'est pas une planche mais un matelas moelleux. Mais non. Dans la version années 60, c'est une planche. Donc, vous vous allongez sur la planche, l'infirmière allume la radio sur Europe2, vous attendez 5 minutes, et hop, vous êtes guéri. C'est la radio-thérapie[3].
Bon plus sérieusement, il a d'abord fallu que je fasse des essais de positionnement. Cela se fait sur l'appareil de simulation qui ressemble au vrai appareil de radiothérapie sauf qu'il ne date pas des années 60 (mais c'est quand même une plaque à la place du matelas moelleux). Vous vous allongez sur le ventre, et là on vous dit : "Ne bougez plus". Mais c'est pas un "Ne bougez plus" comme quand on se fait prendre en photo. C'est "Ne bougez plus pendant deux heures". Et là, on fait des essais.
Les essais de positionnement, c'est un peu comme faire une marche-arrière avec une caravane :
- La machine, elle va pas passer.
- Mais si, ça va passer.
- Mais non, là regarde, ça va pas passer.
- Ah ouais, bon, et si on essaie comme ça ?
- Ben là, c'est bon, vas-y, ça passe.
- Ah ben non, ça passe pas.
- P'tet qu'il faudrait recommencer comme c'était avant.
Après une gentille infirmière prend une plaque en plastique, elle la chauffe avec un chalumeau pour infirmière, la plaque de plastique devient toute molle et hop, on peut adapter la plaque de plastique à la forme de mon pied et hop on fixe la plaque en plastique sur la plaque où je suis allongé et hop mon pied, il bouge plus.
Après, il faut être sûr que vous êtes positionnés exactement de la même façon à chaque séance. Donc pour ça, y a des petits lasers qui pointent vers vous et quand vous êtes bien positionnés, on met des marques sur votre corps en face des rayons laser. Et pour que les marques ne s'effacent pas, hop un point de tatouage à chaque fois. Alors là, petit conseil entre amis : ne vous faîtes jamais tatouer les fesses. Parce que se faire tatouer les fesses, ça fait maaaaaaaaaaaaaal. Enfin, vous pouvez faire ce que vous voulez avec vos fesses, mais je vous aurai prévénu.
Là, ça fait à peu près une heure et demie que vous êtes allongés sur le ventre. Et au bout d'une heure et demie, vous avez mal aux genoux, aux bras et au cou. Mais vous pouvez pas bouger parce que c'est pas fini. Parce qu'il faut faire la simulation de radio.
Les infirmières vont dans la pièce d'à côté pour diriger la simulation puis elles reviennent une demi-heure après et une d'entre elles vous dit : "Monsieur, vous avez bougé, il va falloir revenir". Naaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan !!! Eh ben si. Alors vous revenez deux jours plus tard et on recommence. Sauf qu'il n'y a pas besoin de recommencer le moule du pied et les points de tatouage. Juste la simulation.
Deux jours encore plus tard, on vous rappelle pour vous dire : "En fait, sur le ventre, ça va pas le faire, on s'est gouré avec la caravane-tout-ça, la machine pourra pas passer. Faut revenir pour essayer sur le dos". Alors vous revenez, on refait un moule pour le pied, on refait des points de tatouage, on refait la simulation. Donc si vous avez bien suivi, ça fait encore deux heures allongé sur le dos sans bouger. Et au bout de deux heures, vous avez mal aux fesses et aux jambes.
Cinq jours plus tard, c'est la radiothérapie (voir définition) qui commence pour de vrai. Et là c'est beaucoup plus rapide. Installation sur le dos, mise en place du pied, visée avec les lasers, et hop c'est parti. Bon là, je sais que je vais casser un mythe mais la machine, elle fait pas "Ptiouuuu ptiouuuu". Parce que la machine, elle n'émet pas des rayons laser ou des rayons X mais des rayons ionisants. Alors la machine, elle fait juste : "Maaaaaaaaaaaaaaaaainh !". Pendant une minute. Après, l'infirmière actionne la dynamo de vélo, la machine passe sous la planche où je suis allongé et hop re-une minute. Et voilà, c'est fini !
Si vous n'avez pas tout compris, ne vous inquiétez pas, c'est signe de bonne santé mentale. Si vous avez tout suivi, consultez d'urgence.